jeudi 15 mars 2007

Edition spéciale - L'intégralité de la déclaration du Président

Mesdames, Messieurs, Mes chers compatriotes

Vous l’imaginez, c’est avec beaucoup d’émotion que je m’adresse à vous ce matin. Dans le cadre de la mission qui m’a été confiée, le moment est venu pour moi de faire une allocution. En effet, on m’a chargé d’une déclaration à la marge et vous allez penser dans un premier mouvement que vous auriez mieux fait de reprendre une tasse de café et quelques viennoiseries plutôt que de subir le discours d’un OGM - un Olibrius Giboulé des Méninges.

Dans un second mouvement, vous vous direz que puisque la matinée est déjà bien engagée, vous pouvez consacrer quelques minutes de votre temps à apprendre quelle est la nature de cette « marge » susceptible de nous élever au-dessus des intérêts particuliers, au moment où il est loisible d’entendre dans les portables mugir ces féroces vibreurs qui viennent jusque dans les conventions les plus respectables signaler la réception de SMS traduisant l’admiration sans borne que vous manifestent sans relâche vos fils, vos ex et vos compagnes.

Comme il est d’usage de le rappeler, je tiens à préciser que la première sonnerie discernable – j’ai bien dit « sonnerie », qu’on ne se méprenne pas ! - verra imputer à son destinataire la charge de payer la tournée à l’ensemble des participants. En conséquence et au nom de ceux qui ont toujours-déjà-encore soif, je vous encourage, comme je l’ai fait récemment au Salon de l’agriculture, à NE PAS FERMER VOS PORTABLES.

S’agissant de la question de la marge, évacuons les fausses pistes qui, à plusieurs reprises, ont failli nous conduire à l’abîme. Il serait immoral et dangereux de confondre la marge dont il est question à l’heure présente avec la bordure dans laquelle figure l’annotation datée du 21 avril 1792, inscrite par Rouget de Lisle sur la partition Chant de guerre pour l’armée du Rhin, annotation qui précise « penser à changer le titre, c’est l’une des clés de notre avenir ».


Mesdames, Messieurs, Mes chers compatriotes

Nous devons poursuivre résolument dans la voie de la marge, de la marge bénéficiaire bien entendu, en faisant toujours le choix du travail, de l’innovation et de l’esprit d’entreprise. Aussi, et afin de conférer un réel crédit à ma déclaration, je vous prie de bien vouloir considérer l’écran qui se trouve derrière moi. Une publicité va y être projetée, publicité contributive à la marge bénéficiaire ciblée pour cette première convention 2007, publicité qui nous projettera au cœur des combats idéologiques qui sont les miens et sans doute également les vôtres.

Le client lambda, mes chers compatriotes, je l’aime passionnément. J’ai mis tout mon cœur, toute mon énergie, toute ma force à son service. Servir le client lambda, c’est l’engagement de toute ma vie. J’aurais voulu bousculer davantage les conservatismes pour répondre mieux et plus vite aux aspirations du client lambda dont la renommée a largement outrepassé les frontières de son terroir d’origine, la Grèce antique, mère patrie de la démocratie et de l’Europe, terre amie, terre alliée, terre jumelée avec le beau territoire de la Corrèze où mes grands-parents ont vu le jour. Sautant à pieds joints sur les époques, sur les embardées démagogiques des extrémismes, bravant les chicanes des politiques d’immigration choisie (à propos desquelles j’aurai prochainement l’occasion d’exprimer mes choix personnels), le client lambda s’est définitivement installé parmi nous. Pour le meilleur et pour le pier to pier. Je suis fier de voir que, malgré les obstacles, nous avons su donner sa chance à chaque client lambda. Fier de voir conduire des projets pour mieux aider le client lambda à conquérir la place légitime qui lui revient. Fier d’avoir combattu sans relâche afin que le client lambda s’impose à nous, à l’instar de notre prestigieux voisin qui occupe le monumental édifice ministériel que vous avez pu apercevoir si vous avez emprunté pour nous rejoindre la pittoresque et historique rue de Bercy, rue empreinte, dès le 4eme siècle avant J-C, de l’art primitif des ressemeleurs de pirogues.
Mesdames, Messieurs, Mes chers compatriotes

Au nom de la confiance que vous m’avez témoignée en sollicitant cette intervention, je voudrais fixer de nouveaux caps pour l’avenir et vous adresser plusieurs messages.

D’abord, le vrai combat pour le client lambda, le beau combat de la réclamation client, c’est celui de la persévérance, c’est celui de la pugnacité. Le client lambda, il faut le prendre à bras-le-corps. Il faut continuer à y imprimer notre marque. Et il faut le faire sans jamais brader sa singularité qui est profondément adaptée à notre monde d’aujourd’hui. Toute l’âme du client lambda dit non à l’indifférence. Portons toujours cet idéal et cette volonté.

Mon deuxième message, c’est la nécessité de soutenir le client lambda dans le refus de ce qui divise. Ce qui pervertit. Ce qui détruit. Le client lambda exprime le dialogue et le respect entre les hommes. Mais il ne roule pas pour autant des mécaniques. Ainsi, dans la torpeur abracadabrantesque des files d’attente, il ne dit pas « Laissez-moi passer, c’est moi que je suis le client lambda». Le devoir de nos sociétés, c’est de peser de tout leur poids pour que l’économie mondiale garantisse la prise en considération permanente et inaliénable du client lambda.

Mon troisième message, consiste à affirmer qu’il est vital de considérer que le client lambda n’est pas un client comme les autres. A l'inverse du client bêta, le client lambda est capable d’un certain discernement pour de pas dire d’un discernement certain. Il a donc des responsabilités particulières, héritées de son histoire et des valeurs universelles qu’il a contribué à forger. Ainsi, alors même lorsqu’il ne succombe pas à la facilité de la réclamation gratuite, le client lambda réclame en permanence toute notre attention.

En guise de synthèse, et pour soutenir dans leur effort celles et ceux pour lesquels la prise de notes constitue un exercice viscéralement rébarbatif, je souhaite résumer mon intervention en quelques mots : pas un instant, le client lambda n’a cessé d’habiter mon cœur et mon esprit. Pas une minute, je n’ai cessé d’agir pour servir ce Client magnifique. Ce client que j’aime autant que vous l’aimez car, entre nous, c’est bien grâce à lui que nous exerçons une activité professionnelle qui nous permet de parvenir à nos fins, je veux dire à nos fins de mois...

Bon, les ambulanciers me font signe, il faut que je termine. Je ne solliciterai donc pas vos suffrages pour briguer une autre occasion d’intervention.

Dans ces conditions, je vous propose de conclure, si vous le voulez bien, avec une ovation, une standing ovation à l'adresse du client lamba qui n’a pas fini d’étonner le monde.

Vive la République ! Vive le client lambda !

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