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mardi 15 janvier 2008

Rencontre sur France Culture



J'interviens dans l'émission "Surpris par la nuit" qui sera diffusée jeudi 17 janvier à 22h15.
Vous y découvrirez l'art de se grigriser et bien d'autres choses encore...
A bon entendeur, salut !

mercredi 12 décembre 2007

Une interview avec Anita Castiel

La pièce dans laquelle nous nous installons est suffisamment petite pour permettre à l’ingénieuse du son – est-ce ainsi que l’on dit pour une femme ingénieur du son ? - de faire son travail sans crainte de déperdition. Il y a cependant un bruit de fond, issu du plafond, auquel on ne prête pas ordinairement attention : la soufflerie de la climatisation. C’est un bruit-sourdine, une sorte de tour de chant somnolant, prodigué par le bourdonnement de fréquences basses en quête de reconnaissance et qui se heurte (le plus souvent) au rire sous-entendu de l’indifférence.
Ce bruit nous rappelle que le silence – le silence absolu – est une chose rare, inatteignable, comme une robe dégrafée déposée sur les épaules nues d’une incantation illuminée. Etrangement, ce non-silence qui se déploie au-dessus de nous m’apparaît comme un ciel étoilé s’atrophiant dans les plis de la pénombre acoustique.

Anita s’assoit. Se rapproche de moi. Nous nous faisons face, de part et d’autre d’un coin de la table. Les micros surplombent dorénavant la scène. Il est 13h30. Il nous reste à entrer dans le vif de la nuit.
A suivre ...

lundi 19 novembre 2007

Quelques propos à propos de CINQ LEGENDES

Retranscription de l’interview de Jean-Pierre Texier à propos de CINQ LEGENDES – Entretien réalisé le 19 novembre 2007 par Benjamin Walter [ Middleofnowhere News Magazine].
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CINQ LEGENDES représente la première pièce à l’édifice du Théâtre Importuniste. Avant de revenir sur cet épisode initial pouvez-vous nous dire ce que représente pour vous le théâtre?

Le théâtre c’est avant tout une affaire d’exploration. Le théâtre permet d’explorer l’être humain en profondeur ou plutôt la société humaine qui n’est pas quelque chose de purement chromosomique, de testamentaire mais quelque chose que nous inventons collectivement d’âge en âge. On peut se demander ce qui est spécifique au fait humain. Cette question est difficile car nous vivons une époque qui maltraite notre regard en nous imposant une immersion incessante dans une profusion démesurée d’images. C’est ainsi que le superflu, le superficiel et l’apparence ne font plus qu’un seul horizon. C’est ainsi que la réalité vécue passe à l’arrière-plan. C’est ainsi que, très tôt, on porte atteinte à la faculté d’imagination et de théâtralisation de l’enfant. On lui raconte certaines histoires cruelles et revanchardes pour que, vingt ans plus tard, sa raison de vivre se confonde avec son devoir d’effacement : "Maintenant que tu es prêt, tu dois mourir pour ta patrie." La patrie en question peut être tout aussi bien une nation, une ethnie, une religion, un credo, une mine de charbon ou bien une multinationale. Ainsi se confondent la chair et le carnage, l’altérité et l’adversité. Face à cela, le théâtre met en jeu la représentation de l’infinie variété des raisons de vivre. C’est en ce sens que l’on est en droit de parler du spectacle vivant quand on parle du théâtre. C’est en ce sens que le théâtre, de Eschyle à Gatti en passant par Shakespeare, exprime quelque chose de la liberté.


Que peut-on dire de la genèse de CINQ LEGENDES ? D'où vient cette pièce ? Quand a t- elle été créée ?

Ce spectacle a été créé à l’Atelier de la Main d’Or, à Paris, en novembre 2001. Je l’ai conçu partir de l’œuvre photographique de Pierre Dominique Brunet. J’ai choisi d’illustrer, de légender cinq photographies de cet artiste. Pas une plus, pas une de moins. Ce n’était ni par mesquinerie, ni par paresse. C’était pour se libérer de la domination des grands nombres lorsqu’ils sont utilisés pour nous pervertir et nous aliéner en nous conduisant à penser que notre vie ne vaut pas grand-chose, qu’elle peut et doit se disloquer devant la masse astronomique des choses bien plus importantes qu’elle. Mon sentiment est qu’il faut s’attaquer au Sphinx (tout ce qui fait de nous des loques, des loques humaines) avec les bonnes armes. Ces cinq images me sont apparues comme cinq machines de guerre, comme cinq armes dont la force active pourrait irradier le monde. J’ai eu l’intuition que pour cela il fallait les faire disparaître – les photographies ne sont pas présentées dans le spectacle – et les faire renaître, à la puissance deux, « à la puissance aime ». CINQ LEGENDES c’est un peu comme de l’« imagerie à résonance poétique ». A l’origine, il y a une image, une image vraisemblable, une image présentable qui est là, mais c’est une autre image - intérieure, contenue, intime, culminante et secrète - qu’il faut aller chercher. Cette autre image, je suis allé la chercher avec quelques complices qui, pourrait-on dire, ont permis ce passage de la planche-contact au contact de la planche. Car une image peut en cacher une autre. Dans ces conditions, ce n’est pas une hérésie que de penser que la photographie peut cacher le théâtre.


Quels ont été précisément ces complices et quels ont été leurs rôles pour la création de CINQ LEGENDES ?

Je peux le dire sans hésitation puisque je ne suis pas touché par l’amnésie et que cette entreprise n’est pas soumise au secret défense (rires). L’équipe qui s’est réuni pour donner naissance à CINQ LEGENDES a réunit quelques acolytes non anonymes, en l’occurrence :
Matthew Graves, traducteur.
Florence Chalvignac et Philippe Azembourg, designers.
Alain Guilleux, compositeur qui a écrit une partition originale pour deux violoncelles. Anne-Catherine Vénékas et Vincent Lopes, instrumentistes.
Lionel Goldstein et Diane Tailliez, récitants.
David Tepfer, homme des lumières.
Et enfin Anne Creyssels, mon épouse, qui s’est prise au jeu de l’utilisation d’une installation vidéo en interférence avec l’espace scénique.

Quel est le dénominateur commun des cinq photographies que vous aviez choisi de légender ?

S’il y a un dénominateur commun entre ces photographies c’est la nuit, le règne de la nuit. Pierre Dominique Brunet a un talent particulier pour conférer à la nuit cette sorte d’immensité immédiate qui caractérise son travail. Il nous tient entre chien et loup et nous immerge dans l’espace inachevé de l’indistinction. C’est sans doute cela - ce sentiment si particulier que la nuit appelle - qui constitue la réserve à partir de laquelle s’est construit le désir d’une écriture. En vérité, un écrivain n'est pas un fanfaron, un exhibitionniste. C'est un homme ou une femme qui est sur la réserve. Il me semble que la nuit et l’écriture ont quelque chose de commun : l’une et l’autre commencent après que l'on renonce à la sacro-sainte verticalité. Ainsi pour Kafka toute littérature est un assaut contre la frontière. Il me semble que l'on peut donner une sorte d'interprétation laïque de cette parole qui consiste à voir dans la verticalité la frontière symbolique ultime à abattre.

Pourquoi ?

Parce que nous sommes trop assujettis à notre propre suffisance. Parce que nous capitulons devant notre folle passion pour nous-mêmes. La nuit et l’écriture sont nos amies : elles nous permettent de relativiser la révélation de notre sublime condition. Elles nous allègent de nous prendre pour le centre du monde sans pour autant nous abandonner à notre solitude. La nuit et l'écriture nous remplissent d'espaces, de ponctuations, d'étoiles, de silences. Elles font de nous un "fait existentiel" (existe-en-ciel ?). Elles nous permettent d'entendre le coeur qui ne bat pas dans notre poitrine c'est-à-dire d'aller vers l'universel. La nuit et l'écriture accompagneront toujours ceux qui s'obstinent à rapprocher le secret et la sécrétion. Foucault recommande une attitude polémique avec soi-même et invite à entrer en vigilance "tel un veilleur de nuit". C’est sans doute un très bon conseil de la part d'une personne qui savait si parfaitement coucher les mots et les choses sur le papier.


Revenons si vous le voulez bien à CINQ LEGENDES. Pour le public, comment se présente le spectacle ?

Le principe du spectacle est de privilégier ce qui est simple, visuel, primitif, enfantin et donc mystérieux. C’est un spectacle polyphonique qui résulte du dialogue des textes, des langues (les différentes « légendes » sont énoncées dans deux langues - le français et l’anglais lors de la création), de la musique et de la lumière. L’agencement des différentes interventions a été travaillé millimétriquement, à la mesure près, lors des répétitions. Il en résulte une matrice, une méta-partition créée avec les intervenants et qui leur permet de donner stabilité et agilité au spectacle où chaque « incidence » (partie du texte, fragment de musique, faisceau de lumière) n’a de sens et d’impact que si, à son tour, elle est véritablement interprétée en direction du public.

Il faut noter que les récitants ont à leur disposition un lutrin tout à fait spécial, spécifiquement conçu pour CINQ LEGENDES. Alors que les lutrins connus ou recensés sont par nature rigides, celui-ci ne l’est pas, sans que d’aucune manière soit altérée la fonction de ce dispositif. Bien au contraire, car ce lutrin-ci, bien que soumis à un régime d’oscillations pendulaires, remplit parfaitement son rôle, s’ajustant dynamiquement à la lecture en position debout, assise ou couchée. Cela permet aux récitants d’adopter des postures divertissantes, facétieuses ou vagabondes ... justifiées dans et par l’extravagance de l’espace dramatique.


Nous l’avons compris, les écritures, les « graphies » de CINQ LEGENDES sont intimement mêlées. N’y a t’il pas là quelque chose de finalement encombrant qui finit peu ou prou par s’embrouiller ?

Je ne le crois pas. Car la polyphonie c’est l’expérience qui, me semble-t-il, prépare le mieux à la rencontre. L’invitation à la rencontre est d’autant plus stimulante pour le public de CINQ LEGENDES qu’elles s’adressent à des personnes probablement issues de communautés linguistiques et culturelles différentes. Les uns peuvent être bilingues, les autres non. C’est sans importance. Car il revient au public de s’arroger le plus beau rôle : celui de fêter la réconciliation avec l’étrangeté.


Quel est votre souhait aujourd’hui ?

Trouver, ça et là, de nouvelles connivences, de nouvelles complicités, de nouveaux territoires linguistiques et géographiques afin que ces CINQ LEGENDES fraternisent avec de nouvelles traductions, donnent lieu à de nouvelles représentations, fertilisant ainsi de nouvelles rencontres. J’aimerais que ce spectacle parcourt tranquillement les chemins du monde et joue à saute-mouton par-dessus les régions, les pays, les continents. AU FINAL, J’AIMERAIS QUE CES CINQ LEGENDES SOIENT MECONNAISSABLES, QU’ELLES PASSENT ET OUTREPASSENT LES FRONTIERES, CES LIGNES DE DEMARCATION QUI DISPERSENT NOS AMIS INCONNUS LOIN DE L’AMITIE.

mercredi 10 octobre 2007

Une rencontre capitale

La rencontre. Nous la traquons parfois quitte à être pris pour de vilains petits canards de la noble couvée du cygne blanc de l’individuellement correct, nous la glanons souvent à contre-courant, par instinct ou par accident, sous l’impulsion de cette nécessité qui nous pousse à rechercher chaleur et refuge dans la satisfaction de prendre et de donner.

La rencontre vient toujours du dehors, tout comme les expériences, les mots, les langages qui nous précédent et nous précisent pourquoi et à quel moment il est temps de « voler dans les plumes » du monde-tel-qu’il-est. Car l’art de la rencontre est celui de la collision, de la riposte, de la réplique qui nous permet d’aller plus loin, d’aller plus beau.

Par chance, le théâtre est une haute école de la rencontre. Il y a certes bien d’autres gîtes, bien d’autres cercles, bien d’autres territoires favorables à la rencontre mais le théâtre à cette vocation singulière de réunir des gens venus de tous les horizons pour les inviter à se libérer des horizons prêts à porter, pour entrer en libre possession de leur propre pensée, de leur propre expérience du monde. Car au théâtre « ce qui est dit est dit » et « ce qui a lieu n’a pas lieu ». Ainsi le théâtre, depuis toujours et pour toujours, est une scène irremplaçable : c’est le pays sans frontières d’une utopie habitée.


La rencontre avec Maurice Galland a été la plus simple du monde. En septembre dernier, un ami commun travaillant sur le projet Saint-Etienne capitale européenne de la culture, a fait part de mon existence (artistique) à l’intéressé. L’intéressé trouva mon travail d’auteur intéressant. Nous avons donc convenu de nous rencontrer - dès que faire se peut- sur mes terres, à Paris.

La « rencontre capitale » a eu lieu mercredi 3 octobre. Bien qu’ayant des cursus non coïncidents, nous nous sommes reconnus dans une éthique commune. La perspective de travailler ensemble nous travaille désormais l’un et l’autre. Sur le thème proposé par Maurice Galland (l’instrumentalisation contemporaine universelle du parapluie), une ondée d’images, de situations, d’ambiances et de mots me sont spontanément venus.

Nous espérons pouvoir prochainement faire convoler en justes noces le Théâtre Libre et le Théâtre importuniste en créant en automne 2008 « LES NUAGES ÇA VIT DANS LE CIEL ET LES PARAPLUIES ÇA BRANLE DU MANCHE SUR LA PLANETE TERRE ».

Sans aucun doute, pour le meilleur et pour le rire.

mardi 7 août 2007

Les choses qui vous arrivent

Il y a des choses qui vous arrivent. Et les choses qui vous arrivent c'est vous. C'est pourquoi, dans le Théâtre importuniste, il ne se passe rien d'extraordinaire, rien de spectaculaire hormis une écriture qui se cogne contre le rebord d'une fenêtre sans rebord. Cette écriture tente d’abolir les distances être l'"être" et les "choses": chaque acte est une chose, chaque chose est un acte - un acte indécisif pour frôler l'amour, désespérément.

mercredi 9 mai 2007

ETRE OU NE PAS ETRE

« Etre ou ne pas être », « Nous sommes faits de la matière de nos rêves », « La cerisaie est vendue », « Godot ne viendra pas » …, autant de phrases clamées sur les scènes du monde entier par des comédiens qui se donnent la réplique. En France, Jean Vilar empoignant un répertoire classique ou moderne, le débarrassant de ses fioritures, le rendant clair et intelligible à un public neuf, a su inventé au XXe siècle un art de la scène populaire et exigeant. On sait que Vilar était attaché au texte, selon lui « l’alpha et l’oméga de toutes les libertés ».
Ce point de départ, nous le faisons nôtre également. Il participe en effet aux principes fondateurs du Théâtre importuniste qui affirme une vocation véritablement originale : faire participer de "nouveaux acteurs", ceux-là même qui, jusque là, n’avaient pas voix au chapitre.
C'est donc à cette nouvelle aventure que nous souhaitons vous convier. Il faut squatter les espaces embastillés dans leur certitude utilitaire et en faire des tréteaux. Car "Etre où ne pas être", là est vraiment la question !

lundi 2 avril 2007

citi 01-04-07



Vous pouvez mirer et à loisir, la carte des Centres d'Intérêts pour le Théâtre Importuniste datée du 1er avril 2007.


Comme disait notre ami Franz Kafka, "Toute littérature est un assaut contre la frontière".


lundi 26 mars 2007

Souvenirs, survenirs : une dissertation importuniste

Jean Starobinski est une personnalité d’envergure et un auteur érudit familier des classiques. Ayant suivi des études conjointes de lettres et de médecine à l’université de Genève, il publie en 1953 un essai sur Montesquieu et en 1958 un livre intitulé “Jean-Jacques Rousseau, la transparence et l’obstacle”, ouvrage qui obtint un succès retentissant dans le milieu de la critique littéraire. Son titre est évocateur d’une méditation sur le temps puisque le temps qui passe nous octroie tout à la fois la capacité de mémoire (la transparence) et la prédisposition à l’oubli (l’obstacle). Dans cet ouvrage, il explicite sa propre perception du souvenir et écrit : “Le souvenir se présente souvent comme une émotion plus intense. Il possède une acuité plus bouleversante que l’impression originelle. C’est pourquoi le passé loin de s’estomper dans la mémoire s’amplifie et gagne en résonance plus profonde”. C’est cet énoncé que nous discuterons ici en référence à des œuvres immanquablement associées à ce sujet.

L’idée de résonance profonde du passé nous conduit spontanément vers deux auteurs majeurs : Jean-Jacques Rousseau et Marcel Proust. En effet, l’auteur des Confessions nous invite à appréhender le souvenir, non pas comme une tentative plus ou moins vaine de restitution du passé, mais un “aveu” qui permet d’aller du “premier mot” (l’impression originelle) au “dernier mot” (le souvenir retranscrit), plus vrai, plus profond, plus véridique. Le souvenir est également la clé de voûte de La Recherche du temps perdu qui débute par le récit d’une nuit où le narrateur se remémore ses souvenirs d’enfance. Il pense aux visites de Swann, de Mademoiselle Vinteuil et de la duchesse de Guermantes. Ces deux auteurs échafaudent, l’un comme l’autre, une représentation du temps qui n’est pas calquée sur celle de l’espace : s’éloigner d’un événement ce n’est pas le perdre de vue. Au contraire, cet éloignement, ce recul donne la possibilité d’une vision intérieure plus fiable, plus précise. Il n’y a pas d’effet d’estompe tel que celui qui se manifeste dans le parcours d’un espace, lorsque l’on quitte un lieu et qu’il se soustrait progressivement au regard. Ainsi, dans la perspective que ces auteurs mettent en scène, le souvenir est susceptible de se constituer et se perpétuer comme possible vision à perte de vue.

De la sorte, il est tentant de considérer la mémoire comme une bibliothèque où sont stockés les souvenirs, sortes d’images personnelles du passé. Constatant que de siècle en siècle cette proposition trouve non seulement des adeptes mais des “héros monumentaux” tels que ceux que nous venons de citer, on pourrait renoncer à contester son caractère d’expérience authentique, ou plus simplement d’expérience commune. D’autres auteurs, d’autres penseurs nous guident vers une désarticulation de l’unité du temps. Par exemple, Sigmund Freud qui met en évidence les mécanismes de refoulement (refus inconscient d’assumer un souvenir), George Orwell qui bâtit un monde fictionnel ("Nineteen Eighty-Four") dans lequel on administre la ré-écriture systématique de l’histoire ou bien encore Primo Lévi, pionnier de la description clinique de l’univers concentrationnaire (“Se questo è un uomo”), auteur qui mettra fin à ses jours, rattrapé par l’indomptabilité du souvenir lorsque celui-ci conduit l’homme hors des chemins de l’humain.

Ces autres voix, également illustres, nous conduisent à penser que nous ne sommes pas systématiquement les inventeurs de nos propres souvenirs. Le “ je ” qui forme les souvenirs n’est pas nécessairement conscient (Freud), émancipé (Orwell) ou libre (Lévi). Il faut donc poser la question du “qui parle ?” lorsque l’on met en scène le spectacle des souvenirs et également la question d’“où on parle ?”. Précisons notre pensée dans le champ de la littérature occidentale : celle-ci a été produite jusqu’à une date récente (fin du XIXeme siècle) par des personnes dont le statut social s’inscrivait le plus souvent dans le “ haut de gamme ”. Dans ce contexte, on peut supposer que, sans y prendre garde, le laboratoire littéraire ne s’est pas ouvert à l’effervescences des expériences banales, ordinaires, simples car les écrivains-sentinelles n’étaient pas nécessairement amants ou amantes des expériences les plus communes, les plus insignifiantes, les plus “ idiotes ”, les plus volatiles. Dans ce contexte, peut-on penser que, loin d’être un hasard, c’est un aveu qui autorisent les académiciens français à se nommer “ immortels ”.

Problème des voix qui parlent au nom du “génie intemporel du temps”.

Problème des critiques qui écoutent ces voix et y cherchent les didascalies grandiloquentes de la voix humaine.

Toute l’activité mémorielle – celle des chercheurs comme celle des “ producteurs de mémoire ” - connaît aujourd’hui une intense exhalation renforcée par la prolifération des enjeux médiatiques. On ne compte plus les commémorations. Cette profusion est-elle le signe d’une bonne santé ? Faut-il in fine commémorer la mémoire ? Jean Starobinski nous aide à faire nôtre cette question car il reste à jamais à redécouvrir la sobre merveille du temps.

Pour notre part, nous répugnons à suivre les chemins trop fréquentés. Nous tendons notre main afin que vous nous suiviez, afin que vous nous précédiez, afin que vous nous dépassiez sur la voie du survenir. Et nous espérons que le théâtre importuniste permette de mieux faire entendre l’originalité d’une telle approche, en donnant l’occasion de rendre plus explicites le lien entre le geste et la geste, entre le masculin et le féminin du temps.

mercredi 21 février 2007

Lettre d'information


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jeudi 1 février 2007

Une certaine idée de l'écharde et de l'Homme

Les mots ont pour nous une extrême majesté. Parfois, convenons-en, nous la négligeons. Nous nous contentons alors, parce que c’est bien plus commode, de puiser l’eau de source du spectacle vivant de la vie dans des jattes éprouvées. A d’autres heures, nous découvrons de nouvelles manières de faire – donc puisqu’il s’agit ici de théâtre – de nouvelles manières de théâtraliser. J’ai indiqué, dans ces colonnes, que le Théâtre importuniste a pour vocation la publication, l'échange et le débat sur des oeuvres dramatiques mettant l'accent sur le thème « des choses en soi ».

On peut voir, à travers cette définition, le lien étroit qu'entretiennent le Théâtre importuniste et l'écharde. Souvenons nous du Bourgeois Gentilhomme et de ses efforts pour acquérir l'écharde culturelle liée aux attributs de la classe à laquelle il tente d'accéder. Souvenons nous que tout le monde n'est pas logé à la même écharde ! Cependant, constatons, sans se ranger à tel ou tel conformisme idéologique, que l'écharde nous invite à partager et à avancer vers une certaine idée de l'Homme. L'écharde est, en effet, ce petit fragment de chose qui, par la force des choses, nous convie vers le souci de soi. De facto, l'écharde adhère à nos luttes quotidiennes, stimule notre recherche de bien-être (où est-elle donc ?), notre tentative de compréhension (comment vais-je m'y prendre pour l'extraire ?), notre position éthique au regard de l'Autre (pourrais-je y arriver tout seul ?).

Ainsi, pour bien des raisons, la société de l'ennui a besoin de l'écharde et la société du théâtre du Théâtre importuniste !

vendredi 26 janvier 2007

Je suis très heureux de vous accueillir sur cet espace de discussion et d'information sur le théâtre importuniste, courant alter-dramatique appelé à se développer à partir de la rencontre entre auteurs, metteurs en scènes et comédiens, théâtrologues ... ou "simples curieux" également guidés par le souci de « parler des choses en soi ».
Ces pages vous sont donc ouvertes. Pas seulement pour prendre connaissance de pièces qui y seront régulièrement « mises en pièces » (le blog invitant à une publication par fragments) mais pour que chacun de vous trouve la possibilité de s'exprimer ici.
Rendons ensemble ces pages vivantes et vivifiantes !

jeudi 18 janvier 2007

Le point de départ

Théâtre importuniste : théâtre où se consume, sur scène, comme à vue d’œil, la question de qui parle, qui agit, qui vit ou meurt … au profit d’une tentation/tentative de réponse dans le plan de ce que c’est que de parler, d’agir, de vivre ou de mourir.

Ce théâtre récuse ainsi la médiation de la contradiction - considérée le plus souvent comme l’essence de la théâtralité par la mise en scène d’un qui parle à qui ? - pour lui substituer la « dialectique de la contre-diction ». Celle-ci cherche à participer, à sa manière, aux grands débats de notre temps en regardant du côté des forces impersonnelles, en plongeant acteurs et spectateurs dans l’énigme vivifiante du rapport aux choses. Les expressions françaises telles que « faire avec », « être chose » restituent synthétiquement l’axe principal et le climat propre au théâtre importuniste dans lequel les objets, les espaces ne sont plus mis en scène comme autant d’accessoires mais deviennent des composantes inséparables, à la limite indifférenciables du propos tenu.

Telles sont donc les fondements pour une première formulation du théâtre importuniste proposée en extension de l’article générique « importunismE » figurant dans l’Encyclopédie virtuelle des Arts Philosophiques (site / blog ).

A partir de ce modeste point de départ, l’idée est de proposer dans ce blog des contributions (textes, images, podcasts...) susceptibles de montrer que le théâtre importuniste a quelque chose à dire au sujet du monde « tel qu’il a » et de l’étonnement (dramatique) d’être parmi les êtres et les choses créés !