La pièce dans laquelle nous nous installons est suffisamment petite pour permettre à l’ingénieuse du son – est-ce ainsi que l’on dit pour une femme ingénieur du son ? - de faire son travail sans crainte de déperdition. Il y a cependant un bruit de fond, issu du plafond, auquel on ne prête pas ordinairement attention : la soufflerie de la climatisation. C’est un bruit-sourdine, une sorte de tour de chant somnolant, prodigué par le bourdonnement de fréquences basses en quête de reconnaissance et qui se heurte (le plus souvent) au rire sous-entendu de l’indifférence.
Ce bruit nous rappelle que le silence – le silence absolu – est une chose rare, inatteignable, comme une robe dégrafée déposée sur les épaules nues d’une incantation illuminée. Etrangement, ce non-silence qui se déploie au-dessus de nous m’apparaît comme un ciel étoilé s’atrophiant dans les plis de la pénombre acoustique.
Anita s’assoit. Se rapproche de moi. Nous nous faisons face, de part et d’autre d’un coin de la table. Les micros surplombent dorénavant la scène. Il est 13h30. Il nous reste à entrer dans le vif de la nuit.
A suivre ...

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