vendredi 9 février 2007

Les Manuscrits de la terre morte - Un soliloque

L’auteur vous invite à une série de rendez-vous avec Les Manuscrits de la terre morte pour découvrir les séquelles sur le théâtre et sur le monde de la politique d’intermittence du spectacle.
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Une personne traverser le couloir. Un interrupteur est actionné. Mais cette fois le couloir ne se trouve éclairé que par une veilleuse. Une silhouette apparaît.


BERNARD :
Terre morte, monde obscène.
Il faut maintenant mourir avant de naître.
Il faut renoncer avant de faire.
Il faut chercher avec ardeur son décret d‘homme superflu dans la crépitation complice des meurtres de l’ordre établi.
Il faut torcher son CV avant de faire les chiottes.
Il faut être choisi avant que de choisir.
Il faut avoir l’air plus faux que nature.
Il faut mettre sous cellophane ses joies, ses angoisses, ses suffocations…
Il faut …

Il n’est plus sans doute d’habitant dans ce désert que nous nommons le monde qui, à quelque moment de sa misérable journée, n’ait pas le souci de sa disparition dans leur palmarès homologué.

Il faut entrer dans sa mort comme on entre dans leur moulin.
Il faut mourir à la façon des rois : « Le roi est mort, vive le roi ».
La bêtise, c’est les deux corps du roi qui s’intronisent simultanément.

Devant leur roi, il faut se mettre à genoux.
Devant leur roi, il faut se mettre entre parenthèses.
Il faut présenter pattes blanches, acquitter ses quittances et payer des pouffiasses à ceux qui pouffent de rire en vous disant « je te baise donc je suis ».

Il faut présenter ses excuses.
Parce qu’un homme qui aurait choisi de se regarder en face se ferait étrangler à chaque instant dans toutes les prisons de l’orthodoxie humaine.

Il faut remplir son caddie avec le dernier prix Goncourt, sa télévision avec les derniers Césars, ses soirées avec les prochains Molières et, par-dessus le marché, lire sa destinée dans les pages écornées de l’écornoscope.

Le futur ?
No future.
Je voudrais vous y voir…
Le passé ?
Quel passé ?
Je voudrais ne vous y avoir jamais vu…

L’argument est limpide : votre troisième acte est de trop.
On l’a lu attentivement en Instance de programmation.
Comment dire ?
On a été très hostile car il y a un côté complaisant.
Et puis on a trouvé que, tout compte fait, ce n’était pas drôle.
Cette manière importuniste de parler du monde, c’est… mortel, oui, c’est mortel, inévitablement.

Mortel.
Mortel.
Mortel, vous comprenez ?

C’est le genre de texte qu’on écrit à l’occasion des fêtes de départ d’un employé de bureau.
Ça ne parle que pour les gens qui sont là.
Et encore !
Et encore !
En tout cas, pour le public, pour les gens qui sont à l’extérieur, c’est néo-vaudeville insupportable.

Un peu de désinvolture, voyons !
Désinvolture.
Désinvolture.
Désinvolture, vous comprenez ?

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