L’auteur vous invite à une série de rendez-vous avec Les Manuscrits de la terre morte pour découvrir les séquelles sur le théâtre et sur le monde de la politique d’intermittence du spectacle.
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LES MANUSCRITS DE LA TERRE MORTE
Pièce en six séquelles
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Intervenants
- Distribution féminine
La Stagiaire, une ado qui s’est acclimatée aux saisons de l’adolescence.
L'innocence effacée, une jeune femme qui a le maintien d'une cavalière et qui ne recule pas devant le double obstacle du réel et de l'imaginaire.
L'évadée de la 14e rue, une quadragénaire au parfum envoûtant qui souhaite réinventer la commedia pour temps troublés.
La Vénus émérite, une femme toujours en éveil, toujours trépidante comme la
petite fille modèle qui sautait à la corde en récitant des vers de La
Fontaine.
La citadine de terres vertes, une jeune femme pleine de santé qui
a gardé comme livre de chevet l'Encyclopédie illustrée de la magie.
- Distribution masculine
L’Administrateur, un homme qui administre essentiellement son impérissable mauvaise humeur.
Bernard, un esprit critique.
L'actionnaire du détail infime, un fonctionnaire de la méticulosité.
L'hagiographe du happening, un célibataire qui tient son journal intime depuis qu'il a sept ans.
L'otage d'Aristote, un homme fidèle à la poésie de l'intelligence.
Le polygraphe de troisième génération, une grande gueule espiègle.
- une voix off
- une scène
- des décors
- un public
Lieux
· Séquelle 1 : un couloir desservant des bureaux et peuplé d’étagères gorgées d’archives.
· Séquelle 2 : idem.
· Séquelle 3 : idem, avec effets de lumière.
· Séquelle 4 : idem, avec effets de lumière.
· Séquelle 5 : scène de nuit, dans un Palais d’une Venise dévastée.
· Séquelle 6 : scène de nuit, dans une rue déserte.
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SÉQUELLE I - La rencontre
Fin de journée.
Un couloir desservant des bureaux et peuplé d’étagères gorgées d’archives. Atmosphère grise et poussiéreuse. Apparaît une jeune fille, les bras chargés de dossiers. On la voit, concentrée, cherchant à quel endroit il convient de ranger les documents. Apparaît l’Administrateur. Il porte des mitaines et des lunettes de soleil. Il tousse abondamment.
L’ADMINISTRATEUR :
Il y a l’art et la manière. Il y a l’art et la manière de classer des documents dans le plus véridique des désordres. Faites bien attention de ne pas altérer le désordre, mademoiselle, mademoiselle la stagiaire, car vous êtes bien la nouvelle stagiaire, n’est-ce pas ?
LA STAGIAIRE :
Oui, Monsieur.
L’ADMINISTRATEUR :
Oui, Monsieur l’Administrateur.
LA STAGIAIRE :
Oui, Monsieur l’administrateur.
L’ADMINISTRATEUR :
Raté. Une erreur ! Vous veillerez dorénavant à substituer vos « Oui, Monsieur l’administrateur » par « Oui, Monsieur l’Administrateur » avec un A majuscule. Est-ce bien compris ?
LA STAGIAIRE :
Oui, Monsieur l’Administrateur.
L’ADMINISTRATEUR :
Très bien mademoiselle. Je constate que le service de recrutement a fait correctement son travail. Une fois n’est pas coutume… Tiens, serais-je dans un bon jour ? Qu’en pensez-vous, mademoiselle la stagiaire ?
LA STAGIAIRE :
Je ne sais pas… sans doute. Je veux dire … je ne sais pas Monsieur l’administrateur.
L’ADMINISTRATEUR :
Raté à nouveau. Deux erreurs ! Sachez mademoiselle qu’ici on ne dit pas « je ne sais pas ». Ici, on n’est jamais surpris par une question. Pas plus qu’un joueur d’échec n’est étonné par le prochain coup de son adversaire. Sachez donc, sachez une fois pour toutes que jamais de la vie je ne suis de bonne humeur. Tenez-le-vous pour dit. Nous sommes ici dans la plus haute école de la dramaturgie. Chacun doit y tenir son rang. (un temps) Quelle est selon vous la prochaine question que je compte vous poser ?
LA STAGIAIRE :
Peuuh ! Je ne sais pas Monsieur l’administrateur…
L’ADMINISTRATEUR :
Je l’attendais celle-là. Re-re-raté. Trois erreurs ! Nous ne sommes pas sortis de l’auberge ! Sachez qu’ici on ne négocie pas avec les onomatopées. Vous n’êtes pas sans savoir que les onomatopées émigrent directement du cerveau reptilien. Ne comptez pas sur moi pour donner la parole au cerveau reptilien. Je suis un adversaire résolu et déclaré – et ceci depuis toujours – du cerveau reptilien. De plus, sachez que – outre mes fonctions dans cet établissement - je suis le Président fondateur et en exercice de la Pensée frontale et nationale contre le cerveau reptilien. Une stagiaire avertie en vaut deux, n’est-ce pas mademoiselle la stagiaire ?
LA STAGIAIRE :
Oui, Monsieur l’Administrateur.
L’ADMINISTRATEUR :
A la bonne heure ! Une bonne réponse. Une vraie bonne réponse enfin ! Voyez mademoiselle, ce n’est pas si difficile de formuler une bonne réponse. Bien que chez une jeune fille, le risque de passer à côté soit trois fois plus élevé que la moyenne, ceci pour des raisons anatomiques et physiologiques. En effet, entorses, factures, luxations, traumatismes et autres problèmes musculo-tendineux affectent la perception de vérité chez les jeunes stagiaires telles que vous.
Il est notoire que plus de la moitié des lésions faites à la vérité pourraient être évitées si les stagiaires telles que vous prenaient soin de se protéger de l’infamie de l’erreur en se rangeant sous l’aura protectrice d’un homme d’expérience. Rien de tel pour que la lumière de la vérité atteigne votre rétine que d’entreprendre de se rapprocher des proches de la vérité… Au fait, que vous a-t-on demandé d’entreprendre en cette fin de journée ?

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