L’auteur vous invite à une série de rendez-vous avec Les Manuscrits de la terre morte pour découvrir les séquelles sur le théâtre et sur le monde de la politique d’intermittence du spectacle.______________________________________
Scène de nuit, dans un palais d’une Venise dévastée.
L’Evadée ouvre le coffre. Elle en sort une robe de carnaval – avec laquelle elle s’habille – ainsi que des chandeliers qu’elle distribue à ses « alter ego » après les avoir allumés.
Cette scène sera avant tout chorégraphique. Le chœur sera formé par l’Administrateur et la Stagiaire.
L’EVADEE DE LA 14e RUE :
Et maintenant, quand cesserons-nous d’être souillés par les ressemblances ?
Je veux être délivrée des collines en pente douce et devenir cette abondante moisson des émotions que je forme.
Je me répète mais il le faut.
La nuit s’étend aussi loin que le jour.
Elle ressemble au jardin d’un monastère où l’ortie arrache les mauvaises herbes.
Amis, aidez-moi, voulez-vous ?
Laissez-moi vous voir afin que je vous voie, non pas comme on observe des choses précieuses, mais bien comme toutes sortes de choses indiscernables nous voient.
LE CHŒUR :
Acte I, Scène 1 – Vous justifiez de 505 heures et 39 minutes.
LA CITADINE DES TERRES VERTES :
[1] C'est que j'ai cru que dans cette occasion-ci, tes sentiments ressembleraient à ceux de tout le monde.
L’EVADEE DE LA 14E RUE :
Je te dis que si tu osais, tu m'appellerais une originale.
LA CITADINE DES TERRES VERTES :
Si j'étais ton égale, nous verrions.
L’EVADEE DE LA 14E RUE :
Je ne m'ennuie pas d'être fille.
LA CITADINE DES TERRES VERTES :
Si je me marie jamais, ce superflu-là sera mon nécessaire.
L’EVADEE DE LA 14E RUE :
Je ne lui demande qu'un bon caractère, et cela est plus difficile à trouver qu'on ne pense.
LA CITADINE DES TERRES VERTES :
Je gèle au récit que tu m’en fais.
L’EVADEE DE LA 14E RUE :
Si j'allais te faire pitié aussi : cela est terrible, qu'en dis-tu ?
LE CHŒUR :
Acte I, Scène 2 – Vous justifiez de 505 heures et 47 minutes.
LE POLYGRAPHE DE TROISIEME GENERATION :
La nouvelle que je viens d'annoncer te fera-t-elle plaisir ?
L’EVADEE DE LA 14E RUE :
Je faisais là-dessus mes réflexions.
LE POLYGRAPHE DE TROISIEME GENERATION :
Je comprends que le mariage t'alarme.
LA CITADINE DES TERRES VERTES :
Moi, je dis ce qu'on m'apprend.
LE POLYGRAPHE DE TROISIEME GENERATION :
Tu sais combien je t'aime.
LA CITADINE DES TERRES VERTES :
Je te veux.
LE POLYGRAPHE DE TROISIEME GENERATION :
Je ne saurais craindre que tu me remercies.
L’EVADEE DE LA 14E RUE :
Je suis pénétrée.
LE POLYGRAPHE DE TROISIEME GENERATION :
Je te l'ordonne.
L’EVADEE DE LA 14E RUE :
Mais si j'osais …
LE POLYGRAPHE DE TROISIEME GENERATION :
Parle, si la chose est faisable je te l'accorde.
L’EVADEE DE LA 14E RUE :
Si je pouvais le voir, l'examiner un peu…
LE POLYGRAPHE DE TROISIEME GENERATION :
Si je la laisse faire, il doit arriver quelque chose de bien singulier.
LA CITADINE DES TERRES VERTES :
Je t’attends, qu'en dis-tu ?
LE POLYGRAPHE DE TROISIEME GENERATION :
Comment donc, je m'y trompe actuellement moi-même.
LA CITADINE DES TERRES VERTES :
Et moi je vais à ma toilette.
LE CHŒUR :
Acte I, Scène 3 – Vous justifiez de 505 heures et 58 minutes.
L’HAGIOGRAPHE DU HAPPENING :
Je te félicite de la nouvelle que j'apprends.
L’EVADEE DE LA 14E RUE :
Je n'ai pas le temps de m'arrêter, j'ai des affaires sérieuses.
LE POLYGRAPHE DE TROISIEME GENERATION :
Je commence par te recommander d'être discret sur ce que je vais te dire.
L’HAGIOGRAPHE DU HAPPENING :
C'est une aventure qui ne saurait manquer de nous divertir, je veux me trouver.
LE CHŒUR :
Acte I, Scène 4 – Vous justifiez de 506 heures et 9 minutes.
L’EVADEE DE LA 14E RUE :
L'amour est babillard, et j'en ferai l'historien de son maître.
LE CHŒUR :
Acte I, Scène 5 – Vous justifiez de 506 heures et 13 minutes.
L’ACTIONNAIRE DU DETAIL INFIME :
Je cherche.
L’EVADEE DE LA 14E RUE :
Je dis qu'il est bienvenu, et qu'il promet.
L’ACTIONNAIRE DU DETAIL INFIME :
Je réponds sur-le-champ à l'honneur que tu me fais.
L’HAGIOGRAPHE DU HAPPENING :
Il est vrai qu'il m'est cruel, mais je ne veux pas…
L’EVADEE DE LA 14E RUE :
Et moi je veux.
L’ACTIONNAIRE DU DETAIL INFIME :
C'est dans ses yeux que je l'ai prise.
Scène de nuit, dans un palais d’une Venise dévastée.
L’Evadée ouvre le coffre. Elle en sort une robe de carnaval – avec laquelle elle s’habille – ainsi que des chandeliers qu’elle distribue à ses « alter ego » après les avoir allumés.
Cette scène sera avant tout chorégraphique. Le chœur sera formé par l’Administrateur et la Stagiaire.
L’EVADEE DE LA 14e RUE :
Et maintenant, quand cesserons-nous d’être souillés par les ressemblances ?
Je veux être délivrée des collines en pente douce et devenir cette abondante moisson des émotions que je forme.
Je me répète mais il le faut.
La nuit s’étend aussi loin que le jour.
Elle ressemble au jardin d’un monastère où l’ortie arrache les mauvaises herbes.
Amis, aidez-moi, voulez-vous ?
Laissez-moi vous voir afin que je vous voie, non pas comme on observe des choses précieuses, mais bien comme toutes sortes de choses indiscernables nous voient.
LE CHŒUR :
Acte I, Scène 1 – Vous justifiez de 505 heures et 39 minutes.
LA CITADINE DES TERRES VERTES :
[1] C'est que j'ai cru que dans cette occasion-ci, tes sentiments ressembleraient à ceux de tout le monde.
L’EVADEE DE LA 14E RUE :
Je te dis que si tu osais, tu m'appellerais une originale.
LA CITADINE DES TERRES VERTES :
Si j'étais ton égale, nous verrions.
L’EVADEE DE LA 14E RUE :
Je ne m'ennuie pas d'être fille.
LA CITADINE DES TERRES VERTES :
Si je me marie jamais, ce superflu-là sera mon nécessaire.
L’EVADEE DE LA 14E RUE :
Je ne lui demande qu'un bon caractère, et cela est plus difficile à trouver qu'on ne pense.
LA CITADINE DES TERRES VERTES :
Je gèle au récit que tu m’en fais.
L’EVADEE DE LA 14E RUE :
Si j'allais te faire pitié aussi : cela est terrible, qu'en dis-tu ?
LE CHŒUR :
Acte I, Scène 2 – Vous justifiez de 505 heures et 47 minutes.
LE POLYGRAPHE DE TROISIEME GENERATION :
La nouvelle que je viens d'annoncer te fera-t-elle plaisir ?
L’EVADEE DE LA 14E RUE :
Je faisais là-dessus mes réflexions.
LE POLYGRAPHE DE TROISIEME GENERATION :
Je comprends que le mariage t'alarme.
LA CITADINE DES TERRES VERTES :
Moi, je dis ce qu'on m'apprend.
LE POLYGRAPHE DE TROISIEME GENERATION :
Tu sais combien je t'aime.
LA CITADINE DES TERRES VERTES :
Je te veux.
LE POLYGRAPHE DE TROISIEME GENERATION :
Je ne saurais craindre que tu me remercies.
L’EVADEE DE LA 14E RUE :
Je suis pénétrée.
LE POLYGRAPHE DE TROISIEME GENERATION :
Je te l'ordonne.
L’EVADEE DE LA 14E RUE :
Mais si j'osais …
LE POLYGRAPHE DE TROISIEME GENERATION :
Parle, si la chose est faisable je te l'accorde.
L’EVADEE DE LA 14E RUE :
Si je pouvais le voir, l'examiner un peu…
LE POLYGRAPHE DE TROISIEME GENERATION :
Si je la laisse faire, il doit arriver quelque chose de bien singulier.
LA CITADINE DES TERRES VERTES :
Je t’attends, qu'en dis-tu ?
LE POLYGRAPHE DE TROISIEME GENERATION :
Comment donc, je m'y trompe actuellement moi-même.
LA CITADINE DES TERRES VERTES :
Et moi je vais à ma toilette.
LE CHŒUR :
Acte I, Scène 3 – Vous justifiez de 505 heures et 58 minutes.
L’HAGIOGRAPHE DU HAPPENING :
Je te félicite de la nouvelle que j'apprends.
L’EVADEE DE LA 14E RUE :
Je n'ai pas le temps de m'arrêter, j'ai des affaires sérieuses.
LE POLYGRAPHE DE TROISIEME GENERATION :
Je commence par te recommander d'être discret sur ce que je vais te dire.
L’HAGIOGRAPHE DU HAPPENING :
C'est une aventure qui ne saurait manquer de nous divertir, je veux me trouver.
LE CHŒUR :
Acte I, Scène 4 – Vous justifiez de 506 heures et 9 minutes.
L’EVADEE DE LA 14E RUE :
L'amour est babillard, et j'en ferai l'historien de son maître.
LE CHŒUR :
Acte I, Scène 5 – Vous justifiez de 506 heures et 13 minutes.
L’ACTIONNAIRE DU DETAIL INFIME :
Je cherche.
L’EVADEE DE LA 14E RUE :
Je dis qu'il est bienvenu, et qu'il promet.
L’ACTIONNAIRE DU DETAIL INFIME :
Je réponds sur-le-champ à l'honneur que tu me fais.
L’HAGIOGRAPHE DU HAPPENING :
Il est vrai qu'il m'est cruel, mais je ne veux pas…
L’EVADEE DE LA 14E RUE :
Et moi je veux.
L’ACTIONNAIRE DU DETAIL INFIME :
C'est dans ses yeux que je l'ai prise.
[1] Le texte qui figure dans cette scène, hormis les interventions du chœur et la dernière réplique, résulte d’une « triple diffraction » du Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux. Un premier prisme a été appliqué pour ne retenir que les interventions faites à la première personne ; un second pour exclure celles qui se succèdent, au fil des répliques, dans la prise de parole d’un même personnage ; un troisième pour faire du tutoiement le mode d’adresse exclusif entre acteurs.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire